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Crohn et rectocolite hémorragique : vivre avec une MICI au quotidien
le 10/06/2026
Crohn et rectocolite hémorragique : vivre avec une MICI au quotidien
Derrière l'acronyme MICI, pour Maladies Inflammatoires Chroniques de l'Intestin, se cachent deux pathologies encore méconnues du grand public, mais qui bouleversent profondément la vie de ceux qui en sont atteints : la maladie de Crohn et la rectocolite hémorragique. Pour mieux comprendre ces maladies, nous avons rencontré le Docteur Marulier, gastro-entérologue à la Clinique des Peupliers, établissement Ramsay Santé dans le 13e arrondissement de Paris, formé à l'Hôpital Européen Georges-Pompidou et à l'Hôpital Saint-Louis. Un spécialiste qui accompagne au quotidien des patients confrontés à une maladie chronique exigeante.
Deux maladies, une même origine encore imparfaitement comprise
La maladie de Crohn et la rectocolite hémorragique appartiennent toutes deux à la famille des MICI, des maladies inflammatoires chroniques du tube digestif.
« Il s'agit de maladies inflammatoires multifactorielles, explique le Dr Marulier. Il existe probablement une composante immunitaire, une composante environnementale et une composante héréditaire, mais nous ne connaissons pas précisément le poids de chacune. »
En d'autres termes, le système immunitaire s'emballe et entretient une inflammation chronique de la paroi digestive. Contrairement à certaines maladies auto-immunes, il n'existe pas d'auto-anticorps spécifiques permettant à eux seuls de poser le diagnostic. La cause exacte reste, à ce jour, partiellement inexpliquée.
Si elles partagent cette origine inflammatoire, les deux maladies ne sont pas identiques. La rectocolite hémorragique, comme son nom l'indique, touche exclusivement le côlon. Elle provoque des diarrhées sanglantes, parfois abondantes, associées à des douleurs abdominales.
La maladie de Crohn, quant à elle, peut atteindre n'importe quel segment du tube digestif, de la bouche à l'anus. Elle peut entraîner des douleurs abdominales, des diarrhées, mais également des sténoses digestives, ainsi que des abcès ou des fistules anopérinéales.
« Si quelqu'un consulte pour des diarrhées glairo-sanglantes avec des rectorragies importantes, nous pensons davantage à une rectocolite hémorragique », explique le Dr Marulier.
Un diagnostic qui ne saute pas aux yeux
L'une des grandes difficultés avec les MICI est leur diagnostic. Les symptômes : douleurs abdominales, diarrhées, fatigue, ressemblent à ceux de nombreuses autres affections digestives, notamment le syndrome de l'intestin irritable, très fréquent chez les jeunes adultes.
Résultat : certains patients errent pendant plusieurs mois, voire plusieurs années, avant d'obtenir une réponse claire.
Pour y voir plus clair avant de réaliser une endoscopie digestive, les gastro-entérologues disposent aujourd'hui d'un outil précieux : le dosage de la calprotectine fécale. Réalisé à partir d'un simple prélèvement de selles envoyé en laboratoire, cet examen permet d'évaluer l'existence d'une inflammation intestinale.
« Une calprotectine normale rend une MICI active peu probable et permet souvent d'éviter des examens invasifs inutiles », explique le Dr Marulier.
Qui est touché ? Des jeunes, mais aussi de plus en plus de seniors
Les MICI touchent principalement les adolescents et les jeunes adultes. Cependant, le Dr Marulier observe une évolution du profil des patients :
« On voit de plus en plus de personnes âgées avec ce type de maladie. Il n'est pas rare de diagnostiquer une maladie de Crohn ou une rectocolite hémorragique chez quelqu'un de 60 ou 70 ans. »
Contrairement à d'autres pathologies digestives, les MICI touchent autant les hommes que les femmes.
Autre particularité : elles ne se limitent pas toujours au tube digestif. Certains patients développent également des douleurs articulaires, du psoriasis ou des inflammations oculaires.
« C'est pour cela que nous travaillons en équipe avec les rhumatologues, les dermatologues et parfois les ophtalmologistes », précise le Dr Marulier.
Des traitements sur mesure, évolutifs dans le temps
Une fois le diagnostic posé, le traitement est adapté à la gravité et à la localisation de la maladie.
Pour les formes légères à modérées de rectocolite hémorragique, le traitement repose généralement sur la mésalazine, administrée par voie orale et/ou locale.
« Si la réponse est bonne, ce traitement peut accompagner le patient pendant des années, voire toute sa vie », explique le spécialiste.
Mais les MICI sont des maladies évolutives. Un traitement efficace pendant plusieurs années peut parfois perdre son efficacité. Le médecin parle alors de « perte de réponse ». Il faut alors réévaluer la situation et adapter la stratégie thérapeutique.
« Les patients finissent par très bien connaître leur corps. Ils vous disent eux-mêmes : là, quelque chose ne va plus. »
Lorsque la maladie est insuffisamment contrôlée par les traitements conventionnels ou présente des critères de sévérité, le recours aux biothérapies ou aux traitements ciblés est envisagé.
Dans certaines situations, une intervention chirurgicale peut être nécessaire. Dans la maladie de Crohn, elle peut concerner le traitement de sténoses ou de complications. Dans la rectocolite hémorragique, une colectomie peut exceptionnellement être proposée dans les formes les plus sévères.
« Cette chirurgie permet dans de nombreux cas de retrouver une bonne qualité de vie sans stomie définitive. »
La recherche progresse rapidement dans ce domaine. Les traitements ciblant certaines interleukines impliquées dans l'inflammation ont considérablement enrichi l'arsenal thérapeutique et offrent aujourd'hui de nouvelles perspectives aux patients.
Ne pas laisser traîner : le message des spécialistes
Face à des symptômes persistants : douleurs abdominales récurrentes, diarrhées répétées, sang dans les selles ou fatigue inexpliquée, le premier réflexe doit être de consulter.
Le médecin traitant pourra alors orienter le patient vers un gastro-entérologue si nécessaire.
Il est important de ne pas banaliser ces symptômes ni de tenter de s'autotraiter par des régimes d'exclusion sans avis médical.
Les risques d'une maladie non prise en charge sont réels : dans la rectocolite hémorragique, une poussée peut évoluer vers une colite aiguë grave ; dans la maladie de Crohn, des sténoses peuvent provoquer des occlusions, tandis que des abcès ou des fistules peuvent apparaître.
Enfin, le Dr Marulier rappelle que les MICI ne sont pas des maladies isolées. Une spondyloarthrite, un psoriasis peuvent être associés à la maladie. Un suivi pluridisciplinaire constitue souvent la clé d'une prise en charge optimale.
La maladie de Crohn et la rectocolite hémorragique sont des maladies chroniques qui s'apprivoisent mais ne doivent pas être négligées. Grâce à un diagnostic précoce, des traitements adaptés et un suivi régulier, la majorité des patients atteints de MICI peuvent aujourd'hui mener une vie active et épanouie.